Quand nos ados réveillent ce que nous n’avons jamais réglé

À propos de Un Noël mi-figue mi-Praline de Carène Ponte (Fleuve Éditions)

Un Noël mi-figue mi-praline de Carène Ponte chez Fleuve éditions

On parle beaucoup des adolescents comme d’une période difficile.
L’âge des silences, des tensions, des mots trop forts ou pas assez dits.
Mais on parle beaucoup moins de ce que cette période vient réveiller chez nous, parents.

Et pourtant, c’est souvent là que tout se joue.

Dans Un Noël mi-figue mi-Praline, Carène Ponte choisit de raconter l’histoire du point de vue de Barbara, la maman de Brune. Et ce choix change tout.
Parce qu’ici, ce ne sont pas seulement les comportements d’une adolescente que l’on observe, mais les tempêtes intérieures d’une mère qui fait comme elle peut.

Être parent, ce n’est pas repartir de zéro

On aimerait parfois croire que l’on devient parent avec une page blanche.
Que l’amour suffira.
Que nos erreurs resteront invisibles.

Mais la parentalité ne se construit jamais hors sol.

Nous arrivons avec notre histoire, notre enfance, nos blessures, nos manques, nos relations familiales parfois complexes.
Et lorsque nos enfants grandissent, tout cela peut ressurgir, souvent sans prévenir.

Dans ce roman, les conflits familiaux ne naissent pas uniquement de la relation mère-fille. Ils sont profondément enracinés dans un passé plus ancien, dans des choix faits par un père, dans une entreprise familiale – la biscuiterie – qui cristallise rancœur, jalousie et non-dits.

Une phrase du livre résume avec justesse ce poids invisible :

« Tous ces conflits, cette rancœur, ces non-dits viennent de cette biscuiterie et des choix faits par notre père. Tant qu’elle sera entre nous, son ombre ne cessera de nous envelopper et de me blesser. »

Cette phrase dit quelque chose d’essentiel :
nos tensions présentes sont parfois les héritières d’histoires que nous n’avons jamais vraiment réglées.

Les ados comme révélateurs

Ce que j’ai trouvé particulièrement juste dans ce roman, c’est cette idée que les adolescents ne font pas que provoquer ou tester des limites.
Ils révèlent.

Ils réveillent nos peurs, nos doutes, notre besoin de contrôle, notre envie de protéger à tout prix.
Ils appuient là où ça fait mal, souvent sans le vouloir.

Barbara aime sa fille.
Mais elle est aussi traversée par ses propres conflits intérieurs, par une relation compliquée avec sa sœur, par un héritage émotionnel lourd qu’elle n’a jamais choisi mais qu’elle porte malgré elle.

Le roman ne cherche pas de coupable.
Il montre des adultes imparfaits, dépassés parfois, mais profondément humains.

Un roman qui parle aux parents (et c’est précieux)

On pourrait penser que Un Noël mi-figue mi-Praline est avant tout un roman familial de Noël.
Pour moi, il est bien plus que ça.

C’est un livre qui parle aux parents d’adolescents, à ceux qui doutent, à ceux qui se sentent parfois démunis face aux réactions de leurs enfants.
Il rappelle une chose essentielle : on ne peut pas toujours accompagner ses enfants sans, à un moment, se regarder soi-même.

Ce n’est pas confortable.
Mais c’est nécessaire.

Lire pour se comprendre

Ce que j’aime dans ce type de lecture, c’est qu’elle ne donne pas de leçon.
Elle ouvre des portes.
Elle pose des questions.

Et peut-être la plus importante de toutes :

👉 Peut-on vraiment comprendre nos enfants sans regarder notre propre histoire ?

Si ce roman vous touche, ce ne sera sans doute pas pour son intrigue, mais pour ce qu’il vient réveiller en vous.
Et parfois, un livre n’a pas besoin de faire plus que ça.

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