(autour de La journĂ©e de lâamour et de la lessive de Fanny Gayral)

Il y a des livres quâon lit.
Et puis il y a ceux quâon ne lĂąche pas, pas parce quâils sont faciles, mais parce quâils nous mettent face Ă quelque chose de profondĂ©ment vrai.
Ce livre-là fait partie de ceux qui montrent nos failles. Sans les enjoliver. Sans chercher à les réparer trop vite.
Lucien, ou le courage tardif de comprendre
Jâai aimĂ© chaque personnage de ce roman.
Mais il y en a un qui mâa profondĂ©ment touchĂ©e : Lucien.
Lucien, câest ce pĂšre qui finit par comprendre.
Comprendre quâil nâa pas Ă©tĂ© assez prĂ©sent.
Ni pour sa femme.
Ni pour ses deux filles.
Pas par méchanceté.
Pas par indifférence volontaire.
Mais parce quâil sâest laissĂ© engluer dans un rĂŽle quâil nâa jamais vraiment questionnĂ©.
Le poids de la transmission masculine
Lucien est pris entre deux mondes.
Celui de son pÚre et de son frÚre, persuadés de savoir mieux que lui.
Des hommes sĂ»rs dâeux, sĂ»rs de leur place, sans empathie, sans remise en question.
Et puis il y a le monde qui évolue.
Les femmes qui parlent.
Les filles qui grandissent autrement.
Les attentes qui changent.
Lucien réalise quelque chose de vertigineux :
il est resté bloqué à un stade patriarcal qui ne correspond plus ni à ses valeurs profondes⊠ni à la réalité de sa famille.
Changer, mĂȘme quand on est perdu
Ce que jâai aimĂ© chez lui, ce nâest pas quâil sache quoi faire.
Câest prĂ©cisĂ©ment lâinverse.
Lucien est bousculé.
Lucien est perdu.
Lucien ne maĂźtrise rien.
Mais il essaie.
Il accepte de regarder ses angles morts.
Il accepte de reconnaĂźtre ses manques.
Il accepte de se laisser dĂ©placer, mĂȘme quand ça fait mal, mĂȘme quand ça fissure lâimage quâil avait de lui-mĂȘme.
Et ça, câest dâune puissance immense.
Un livre qui ne caresse pas, mais qui révÚle
Ce roman ne donne pas de leçons.
Il ne désigne pas de coupables parfaits.
Il montre simplement des ĂȘtres humains face Ă leurs limites.
Il montre ce que le quotidien, la charge mentale, les non-dits, la transmission familiale peuvent faire Ă lâamour.
à la parentalité.
Aux couples.
Je nâai pas lĂąchĂ© ce livre parce quâil ne cherchait pas Ă ĂȘtre confortable.
Il cherchait Ă ĂȘtre juste.
Et aprĂšs la derniĂšre page ?
On ne sort pas indemne de cette lecture.
Pas bouleversé de façon spectaculaire.
Mais remué intérieurement.
Ce genre de livre laisse une question suspendue :
đ quâest-ce que je continue Ă faire par habitude⊠alors que je pourrais faire autrement ?
Et peut-ĂȘtre que câest exactement ça, sa plus grande force.