📖 Quand un pĂšre accepte enfin de regarder lĂ  oĂč ça fait mal

(autour de La journĂ©e de l’amour et de la lessive de Fanny Gayral)

La journĂ©e de l’amour et de la lessive de Fanny Gayral Ă©ditĂ© chez Eyrolles

Il y a des livres qu’on lit.
Et puis il y a ceux qu’on ne lĂąche pas, pas parce qu’ils sont faciles, mais parce qu’ils nous mettent face Ă  quelque chose de profondĂ©ment vrai.

Ce livre-là fait partie de ceux qui montrent nos failles. Sans les enjoliver. Sans chercher à les réparer trop vite.


Lucien, ou le courage tardif de comprendre

J’ai aimĂ© chaque personnage de ce roman.
Mais il y en a un qui m’a profondĂ©ment touchĂ©e : Lucien.

Lucien, c’est ce pùre qui finit par comprendre.
Comprendre qu’il n’a pas Ă©tĂ© assez prĂ©sent.
Ni pour sa femme.
Ni pour ses deux filles.

Pas par méchanceté.
Pas par indifférence volontaire.
Mais parce qu’il s’est laissĂ© engluer dans un rĂŽle qu’il n’a jamais vraiment questionnĂ©.


Le poids de la transmission masculine

Lucien est pris entre deux mondes.
Celui de son pÚre et de son frÚre, persuadés de savoir mieux que lui.
Des hommes sĂ»rs d’eux, sĂ»rs de leur place, sans empathie, sans remise en question.

Et puis il y a le monde qui évolue.
Les femmes qui parlent.
Les filles qui grandissent autrement.
Les attentes qui changent.

Lucien réalise quelque chose de vertigineux :
il est resté bloqué à un stade patriarcal qui ne correspond plus ni à ses valeurs profondes
 ni à la réalité de sa famille.


Changer, mĂȘme quand on est perdu

Ce que j’ai aimĂ© chez lui, ce n’est pas qu’il sache quoi faire.
C’est prĂ©cisĂ©ment l’inverse.

Lucien est bousculé.
Lucien est perdu.
Lucien ne maĂźtrise rien.

Mais il essaie.

Il accepte de regarder ses angles morts.
Il accepte de reconnaĂźtre ses manques.
Il accepte de se laisser dĂ©placer, mĂȘme quand ça fait mal, mĂȘme quand ça fissure l’image qu’il avait de lui-mĂȘme.

Et ça, c’est d’une puissance immense.


Un livre qui ne caresse pas, mais qui révÚle

Ce roman ne donne pas de leçons.
Il ne désigne pas de coupables parfaits.
Il montre simplement des ĂȘtres humains face Ă  leurs limites.

Il montre ce que le quotidien, la charge mentale, les non-dits, la transmission familiale peuvent faire à l’amour.
À la parentalitĂ©.
Aux couples.

Je n’ai pas lĂąchĂ© ce livre parce qu’il ne cherchait pas Ă  ĂȘtre confortable.
Il cherchait Ă  ĂȘtre juste.


Et aprĂšs la derniĂšre page ?

On ne sort pas indemne de cette lecture.
Pas bouleversé de façon spectaculaire.
Mais remué intérieurement.

Ce genre de livre laisse une question suspendue :
👉 qu’est-ce que je continue à faire par habitude
 alors que je pourrais faire autrement ?

Et peut-ĂȘtre que c’est exactement ça, sa plus grande force.

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