Ce qu’Alexandre raconte.

Et tout ce qu’il ne dit pas.

Il y a quelque chose que j’ai profondément aimé dans Catastrophes de Hubert Ben Kemoun, et qui m’a accompagnée bien après avoir refermé le livre.

Ce n’est pas seulement l’enchaînement des événements.
Ce n’est pas uniquement l’enquête, ni même l’humour discret qui traverse le récit.

C’est la parole d’Alexandre.
Et surtout… ce qu’il choisit de ne pas dire.


Dire les faits. Pas le tumulte intérieur.

Face au policier, Alexandre raconte.
Il explique ce qui s’est passé.
Les gestes. Les lieux. Les circonstances.

Mais il ne dramatise pas.
Il n’en rajoute pas.
Il ne cherche pas à se justifier plus que nécessaire.

Et pourtant, nous, lecteurs, on sent bien que tout ne se joue pas là.

Parce qu’entre ce qu’il raconte et ce qu’il vit vraiment,
il y a un espace.
Un espace plein de non-dits, de maladresse, d’incompréhensions.

Et c’est précisément dans cet espace que le livre devient juste.


Ce qu’il ne dit pas est tout aussi important.

Alexandre ne met pas de mots sur tout.
Il ne décortique pas ses émotions.
Il ne théorise pas ce qui lui arrive.

Il traverse.

Avec une forme d’insouciance, oui.
Mais une insouciance qui n’est ni naïve, ni inconsciente.

Plutôt une façon d’être au monde,
où l’on vit les choses avant de les analyser,
où l’on agit avant de comprendre,
où l’on se retrouve parfois pris dans un engrenage sans l’avoir voulu.

Et cette retenue-là m’a beaucoup touchée.

Parce qu’elle ressemble à la vraie vie.


Une vérité simple, sans posture.

Alexandre ne joue pas un rôle.
Il ne cherche pas à être héroïque.
Il n’est pas un “coupable idéal”, ni un modèle parfait.

Il est juste… vrai.

Il dit ce qu’il sait.
Il tait ce qu’il ne comprend pas encore.
Et il avance avec ce mélange étrange d’assurance et de flottement.

Cette vérité-là, sans posture, sans leçon, fait toute la force du récit.


Quand tout s’emballe sans qu’on soit “le problème”.

Ce que Catastrophes m’a rappelé, c’est quelque chose d’essentiel :

Parfois, tout s’enchaîne mal.
Non pas parce qu’on fait mal.
Mais parce que les situations s’emballent.

Un mot de trop.
Un geste mal interprété.
Un contexte qui dérape.

Et on se retrouve à devoir expliquer, raconter, se défendre…
alors qu’on n’a jamais eu l’intention de nuire.

Alexandre n’est pas un dangereux semeur de troubles.
Il est le produit d’un enchaînement.

Et lire ça fait du bien.


Ce que ce livre m’a laissé.

Ce livre ne m’a pas rassurée.
Il ne m’a pas donné de solution.

Mais il m’a offert autre chose :
la sensation d’être comprise dans ces moments où tout semble aller trop vite, trop loin, sans qu’on sache vraiment pourquoi.

Il m’a rappelé qu’on peut être sincère sans tout dire.
Qu’on peut être vrai sans tout expliquer.
Et que parfois, reconnaître l’engrenage suffit déjà à respirer un peu mieux.


📖 Catastrophes est un roman jeunesse, oui.
Mais c’est surtout une histoire fine, intelligente,
qui parle du réel avec justesse,
et qui laisse au lecteur la place de penser, de ressentir, de relier.

Et toi,
as-tu déjà vécu ces moments où tu racontes les faits…
sans réussir à dire tout ce qui se joue à l’intérieur ?

Laisser un commentaire