Il y a des romans qui brillent.
Et puis il y a ceux qui regardent derrière l’éclat, là où ça fait un peu mal.
Avec Paillettes, Pauline Liétar signe un premier roman aussi drôle que dérangeant, porté par une relation mère-fille intense, fascinante… et profondément humaine.

Une adolescente qui cherche ses racines
Kalindra a 13 ans.
Un âge déjà compliqué, rendu encore plus fragile par une question essentielle : d’où je viens ?
Élevée seule par sa mère, Coco, elle grandit avec une histoire soigneusement racontée, presque romancée : celle d’un père aventurier, absent mais héroïque. Jusqu’au jour où la vérité tombe. Kalindra est née d’un don. D’une “paillette”.
À partir de là, le roman devient une quête.
Pas seulement celle des origines biologiques, mais celle de l’identité.
Qui suis-je quand ce qu’on m’a raconté n’existe pas ?
Sur quoi me construire quand mes fondations se fissurent ?
Kalindra est un personnage auquel on s’attache très vite. Parce qu’elle est lucide. Parce qu’elle ressent trop. Et surtout parce qu’elle porte un poids qui n’est pas le sien.
Coco, une mère qui brille trop fort
Coco est impossible à ignorer.
Cheveux blond platine, look tapageur, goût prononcé pour le luxe et les apparences… Elle aime tout ce qui scintille, tout ce qui attire le regard. Comme si briller était une manière de ne pas s’effondrer.
Derrière les paillettes, il y a une femme profondément mal dans sa peau.
Une mère qui aime sa fille, sincèrement, mais qui fuit ses propres failles.
Et c’est là que le roman devient particulièrement juste :
Coco n’est ni une “mauvaise mère”, ni une caricature.
Elle est simplement humaine. Fragile. Perdante parfois.
Le problème, c’est que lorsque le parent vacille, l’enfant tente souvent de compenser. Kalindra observe, anticipe, rassure. Elle grandit trop vite, parce qu’elle sent que si elle lâche, tout risque de s’écrouler.
Une relation mère-fille aussi touchante que dérangeante
Ce qui fait la force de Paillettes, c’est cette relation mère-fille ambiguë.
On y ressent l’amour, indéniablement.
Mais aussi la confusion des rôles, la charge émotionnelle, la peur de perdre l’autre.
Kalindra aime sa mère.
Mais elle sent aussi qu’aimer ne suffit pas toujours à protéger.
Le roman pose une question essentielle, rarement abordée aussi finement :
peut-on se construire quand le parent qui nous aime le plus est aussi celui qui se perd ?
Il ne s’agit pas ici de juger, mais de comprendre.
Comprendre ce que cela fait de grandir avec un parent qui cherche désespérément à combler ses manques ailleurs.
Comprendre ce que cela implique, pour un enfant, d’être témoin — parfois malgré lui — de cette fuite en avant.
L’humour comme voile sur les blessures
Pauline Liétar manie l’humour avec intelligence.
Les situations sont parfois cocasses, presque absurdes.
Mais cet humour n’est jamais gratuit : il sert de masque, de protection, exactement comme les paillettes de Coco.
On rit… puis on se rend compte que ce rire cache quelque chose de plus profond.
Une tristesse diffuse.
Une vérité inconfortable.
C’est ce décalage qui rend le roman si percutant.
Un roman sur la transmission et le choix
Paillettes parle de ce que l’on reçoit sans l’avoir demandé.
Des silences.
Des mensonges “pour protéger”.
Des blessures qui se transmettent malgré l’amour.
Mais c’est aussi un roman sur le moment où l’on comprend que l’on peut choisir autre chose.
Choisir de ne pas reproduire.
Choisir de se chercher soi-même, même quand cela implique de regarder la réalité en face.
Kalindra n’est pas qu’une ado en quête de réponses.
Elle est le symbole de cette génération qui apprend, très tôt, à démêler l’amour de la responsabilité.
Pourquoi ce livre résonne
Ce roman touche parce qu’il parle de vraie vie.
De relations imparfaites.
De parents qui font comme ils peuvent.
Et d’enfants qui ressentent tout, parfois trop.
Paillettes n’apporte pas de solution miracle.
Il ouvre des questions.
Il met des mots là où, souvent, il n’y a que des silences.
Et parfois, c’est exactement ce dont on a besoin.
Et vous ?
Pensez-vous qu’on puisse aimer profondément un parent sans se perdre soi-même ?
J’aimerais beaucoup lire vos ressentis.