Girlfriends : quand les livres ouvrent le dialogue que la société évite

Il y a des livres qui divertissent, d’autres qui font réfléchir, et puis il y a ceux qui arrivent au bon moment. Girlfriends fait partie de cette dernière catégorie.

À travers une histoire d’amour simple en apparence, cette bande dessinée de Sara Soler aborde un sujet que notre société peine encore à regarder avec sérénité : l’identité de genre, la transidentité, et surtout le manque d’ouverture qui l’entoure.

Mais ce serait réducteur de dire que Girlfriends est « une BD sur la transidentité ». C’est avant tout un livre sur l’amour, l’écoute et le regard que l’on porte sur l’autre.


Une histoire d’amour confrontée aux stéréotypes

Sara et Diana s’aiment. Vraiment. Leur relation est tendre, sincère, banale dans le plus beau sens du terme. Jusqu’au jour où Diana annonce à Sara que le genre qui lui a été assigné à la naissance ne correspond pas à son identité profonde.

À partir de là, le récit ne se focalise pas sur le sensationnel, mais sur l’intime : les doutes, les peurs, les questions, les maladresses. Celles de Sara, mais aussi celles que la société projette sur le couple.

Ce qui frappe, c’est la justesse avec laquelle la BD montre à quel point les stéréotypes sont omniprésents : ce qu’une femme « devrait » être, ce qu’un homme « devrait » faire, ce qui serait acceptable ou non. Et surtout, comment ces croyances peuvent blesser, même sans intention malveillante.


Le silence est plus dangereux que les questions

En lisant Girlfriends, une idée revient sans cesse : les questions ne sont pas le problème. Le vrai danger, c’est le silence.

On entend souvent dire que certains sujets seraient trop complexes ou trop précoces pour les enfants. Pourtant, la réalité est tout autre. Les enfants ressentent, observent et s’interrogent bien avant que les adultes ne l’imaginent.

Personnellement, ce livre a résonné très fort avec mon vécu de mère. Un jour, mon fils m’a demandé s’il n’aurait pas préféré être une fille. Cette question, posée avec une sincérité désarmante, m’a rappelé à quel point il est essentiel de laisser un espace sécurisé pour ces interrogations.

Ce n’est pas la question qui met en danger. C’est l’absence de réponse, le malaise, ou pire encore, le rejet.


Sensibiliser n’est pas influencer

Un des grands malentendus autour de livres comme Girlfriends est la peur de « l’influence ». Comme si parler de diversité allait forcément orienter ou imposer une vision.

Cette BD fait exactement l’inverse.

Elle n’explique pas quoi penser. Elle invite à écouter. Elle ne cherche pas à convaincre, mais à humaniser. Sensibiliser, ici, signifie simplement donner des clés pour comprendre et pour respecter.

Lire ce type d’ouvrages avec ou pour les enfants, ce n’est pas les pousser dans une direction. C’est leur apprendre que leurs questions sont légitimes et qu’elles peuvent être posées sans honte.


Une BD accessible et profondément humaine

Le dessin doux et épuré de Sara Soler joue un rôle essentiel dans la réception du message. Rien n’est agressif, rien n’est caricatural. Tout est pensé pour que la lecture reste fluide, accessible, presque rassurante.

Les mots sont simples, mais jamais simplistes. Les émotions sont présentes sans être surjouées. On referme le livre avec le sentiment d’avoir été accompagnée, pas confrontée.

C’est ce qui rend Girlfriends particulièrement pertinent comme support de discussion, que ce soit en famille, à l’école, en médiathèque ou même pour une lecture personnelle.


Pourquoi ce livre est important aujourd’hui

Nous vivons dans une société où l’ignorance et la désinformation alimentent encore trop souvent le rejet et la violence envers celles et ceux qui sont perçus comme différents.

Girlfriends rappelle une chose essentielle : comprendre commence toujours par écouter. Et parfois, un livre peut ouvrir un dialogue que les mots seuls n’osent pas encore poser.

Ce n’est pas une lecture confortable au sens où elle ne nous laisse pas totalement inchangés. Mais c’est une lecture nécessaire, surtout si l’on souhaite construire un monde où les enfants grandissent avec moins de peur et plus de bienveillance.


En conclusion

Je recommande Girlfriends à toutes les personnes qui souhaitent ouvrir le dialogue, que ce soit avec leurs enfants ou avec elles-mêmes. À celles et ceux qui pensent que la littérature peut encore être un refuge, un outil de compréhension et un espace d’humanité.

Parce que parfois, lire, c’est déjà un premier pas vers l’écoute.

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