Sage – Pardonner à l’enfant qu’on a été

Il y a des livres qui arrivent au bon moment.
Pas pour rassurer. Pas pour consoler.
Mais pour appuyer exactement là où ça fait encore mal.

Sage fait partie de ces lectures-là.

En refermant cette bande dessinée, je n’ai pas eu envie de dire que « c’était beau » ou que « j’avais aimé ». J’ai surtout ressenti quelque chose de beaucoup plus brut : une compréhension tardive, presque violente, de ce qui peut nous empêcher d’aller bien.

Quand la douleur ne vient pas d’aujourd’hui

Dans Sage, on suit un garçon qui vit avec une angoisse constante, envahissante. Une angoisse qui colle au corps, qui empêche de respirer normalement, de vivre simplement. Et peu à peu, on comprend que cette souffrance ne vient pas seulement du présent.

Elle vient de plus loin.

Elle vient de l’enfant qu’il a été.
De cet enfant inquiet, différent, blessé, qui n’a pas toujours été entendu ni protégé. De cet enfant qu’il a fini par juger, par tenir pour responsable de ses propres failles.

Et c’est là que le livre devient bouleversant.

Faire la paix avec soi, vraiment

À un moment, une évidence s’impose : tant qu’il n’aura pas pardonné à son lui enfant, il ne pourra pas avancer.

Pas pardonner au sens abstrait.
Mais pardonner vraiment.
Arrêter de lui en vouloir d’avoir eu peur.
Arrêter de lui reprocher d’avoir été fragile.
Arrêter de lui demander d’avoir été plus fort qu’il ne pouvait l’être.

Cette idée m’a profondément touchée.
Parce qu’elle dépasse largement l’histoire racontée.

Combien d’adultes portent encore en eux un enfant épuisé, inquiet, jamais consolé ?
Combien d’entre nous continuent de se battre contre eux-mêmes sans comprendre pourquoi ?

Une fin qui prend aux tripes

La fin de Sage m’a littéralement prise aux tripes.
Pas par un effet spectaculaire, mais par la clarté qu’elle apporte.

Tout s’éclaire.
On comprend enfin pourquoi il va si mal.
Pourquoi son corps encaisse.
Pourquoi son esprit sature.

Et surtout, on comprend que la guérison ne commence pas toujours par des solutions visibles ou rapides. Elle commence parfois par un retour en arrière. Par un regard posé, enfin, sur ce qu’on a été.

Ce que ce livre m’a laissée

Sage ne m’a pas réconfortée.
Il ne m’a pas dit que tout irait bien.

Il m’a forcée à regarder là où ça faisait encore mal.
À me demander si, moi aussi, je n’avais pas laissé un enfant derrière moi sans jamais lui demander pardon.

C’est une lecture exigeante, intime, profondément humaine.
Une lecture qui ne cherche pas à plaire à tout le monde.
Mais qui peut toucher très fort celles et ceux qui se reconnaîtront.


Et toi, qu’est-ce que tu aurais besoin de dire aujourd’hui à l’enfant que tu as été ?

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