🎹 Je suis leur silence – Jordi Lafebre

Il y a des bandes dessinées qui divertissent.
Et d’autres qui observent.

Je suis leur silence de Jordi Lafebre, publiĂ© chez Dargaud, fait partie de celles qui regardent les ĂȘtres humains droit dans leurs contradictions.

Un meurtre.
Des secrets de famille.
Un passé qui dérange.

Et pourtant
 c’est lumineux.


Une enquĂȘte, oui. Mais surtout une dissection des silences.

À Barcelone, Eva Rojas est psychiatre. Brillante, incisive, dotĂ©e d’un sens de l’observation redoutable.
Mais sa carriÚre vacille : pour récupérer sa licence, elle doit coopérer avec un confrÚre.

Au mĂȘme moment, elle accompagne l’une de ses patientes dans une rĂ©union familiale sous tension, dans un domaine viticole chargĂ© d’histoire.

Vieille fortune.
Héritage lourd.
Non-dits soigneusement conservés.

Et puis, un meurtre.

Les soupçons se tournent vers Eva.

Sur le papier, tous les ingrĂ©dients d’un polar classique sont rĂ©unis.
Mais ce roman graphique ne choisit jamais la facilité.


Le vrai sujet : ce que l’on hĂ©rite sans l’avoir choisi

Derriùre l’intrigue criminelle, Je suis leur silence parle d’autre chose.

Il parle :

  • des silences que l’on transmet de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration
  • des loyautĂ©s invisibles
  • des blessures familiales qu’on prĂ©fĂšre maquiller en respect
  • du poids d’un passĂ© collectif qui continue d’imprĂ©gner le prĂ©sent

Ce qui m’a touchĂ©e, ce n’est pas seulement l’enquĂȘte.
C’est cette idĂ©e que l’on vit souvent dans des maisons pleines d’histoire
 sans jamais ouvrir certaines portes.

Et quand quelqu’un ose regarder derriùre les murs, tout vacille.


Une héroïne brillante
 mais fissurée

Eva est fascinante.

Elle analyse tout.
Les regards. Les silences. Les incohérences.

Son intelligence est presque désarmante.

Mais ce qui la rend attachante, c’est qu’elle aussi porte ses propres failles.
Elle observe les autres avec prĂ©cision, mais elle ne maĂźtrise pas totalement ses propres zones d’ombre.

Et c’est lĂ  que le rĂ©cit devient subtil :
la frontiÚre entre analyste et analysée se brouille.


Un dessin lumineux pour une histoire grave

Visuellement, l’album surprend.

On pourrait s’attendre à une atmosphùre sombre, pesante.
Au contraire, le trait est vivant, expressif, baigné de lumiÚre.

Les couleurs apportent une douceur presque chaleureuse.

Et ce contraste fonctionne Ă  merveille.

Parce que parfois, ce n’est pas l’obscuritĂ© qui rĂ©vĂšle la vĂ©ritĂ©.
C’est la lumiùre.


Entre comédie et polar : un équilibre rare

Il y a de l’humour.
De la finesse.
Des dialogues intelligents.

Le récit avance avec modernité, alternant entre présent et récits enchùssés, sans jamais perdre le lecteur.

Ce mĂ©lange entre gravitĂ© et lĂ©gĂšretĂ© est, selon moi, la vraie rĂ©ussite de l’ouvrage.

Parler de sujets lourds sans alourdir le lecteur.
C’est un art.


Pourquoi ce roman graphique m’a marquĂ©e

Parce qu’il parle d’hĂ©ritage Ă©motionnel.

Pas seulement celui que l’on reçoit en argent ou en biens.
Mais celui que l’on reçoit en silences, en loyautĂ©s, en secrets.

On hĂ©rite d’histoires qu’on n’a pas vĂ©cues.
Et parfois, on les porte malgré nous.

Je suis leur silence nous rappelle qu’ouvrir les yeux peut dĂ©ranger.
Mais que rester aveugle coûte souvent plus cher.


Pour qui est cette lecture ?

✔ Pour celles et ceux qui aiment les polars intelligents
✔ Pour les lecteurs qui apprĂ©cient les personnages psychologiquement travaillĂ©s
✔ Pour celles et ceux qui pensent que la BD peut ĂȘtre un vĂ©ritable roman Ă  part entiĂšre

Si vous cherchez une enquĂȘte purement haletante, trĂšs noire et oppressante, ce n’est peut-ĂȘtre pas votre prioritĂ©.

Mais si vous aimez les histoires fines, humaines, qui interrogent les liens familiaux
 alors cette bande dessinée mérite votre attention.


Et vous ?

Pensez-vous que les silences protùgent vraiment les familles

ou qu’ils finissent toujours par les fissurer ?

Je serais curieuse de lire votre avis en commentaire.

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