À bientôt de nous aimer — Ana Oncina | Chronique


Il y a des lectures qu’on ouvre sans vraiment savoir ce qui nous attend. Celle-ci en fait partie.

À bientôt de nous aimer d’Ana Oncina, c’est une BD que j’ai reçue dans le cadre de la Masse Critique Babelio. Et honnêtement, je l’ai refermée avec un sentiment que je n’attendais pas — quelque chose entre la douceur et l’inquiétude. Un mélange rare.


Deux mondes, deux atmosphères

Ce qui m’a frappée dès les premières pages, c’est la construction narrative. On suit Valentina sur deux lignes temporelles qui s’entrelacent tout au long du récit : son présent, et un futur lointain dans lequel elle existe sous le nom de Val3.

Et le contraste entre les deux est saisissant.

Le présent de Valentina est beau. Elle vit dans une cabane au cœur de la forêt, travaille la céramique, se promène avec sa chienne Soupe, retrouve ses amis au village. Il y a quelque chose d’apaisant dans ces pages là. Une lenteur douce, une vie simple qui respire. On s’y installe. On voudrait ne pas en partir.

Et puis il y a le futur.

La Terre est devenue invivable. Valentina — ou plutôt Val3 — vit sur une autre planète avec sa partenaire An3. Plus d’animaux. Plus de nature. Un monde froid, stérile, silencieux. Un monde sans âme. Les planches changent de tonalité, l’ambiance se resserre, et on ressent physiquement ce vide. Ce n’est pas spectaculaire. C’est pire que ça — c’est terne. Et c’est exactement ce qui fait mal.


Ce qui m’a traversée

Je ne m’attendais pas à ressentir ce que j’ai ressenti face à ce futur-là.

Pas de la peur au sens dramatique du terme. Plutôt un malaise diffus. Parce qu’Ana Oncina ne dessine pas une apocalypse fracassante. Elle dessine une absence. L’absence des arbres, des chiens, de la boue sous les pieds, du bruit d’une rivière. Des choses qu’on ne remarque plus tellement elles nous semblent évidentes.

Et c’est là que la BD devient vraiment forte : elle vous fait apprécier le présent de Valentina encore plus intensément parce que vous savez ce qui pourrait le remplacer.


Une histoire d’amour qui déroute

Il y a aussi, au cœur du récit, une histoire d’amour. Valentina commence à faire des rêves si intenses, si réalistes, qu’elle finit par douter de ce qui est réel. Son présent paisible ou ce futur glacial ? Et lorsqu’elle découvre qu’An3 — sa partenaire dans ses rêves — existe vraiment, sous le nom d’Anne, récemment installée dans la ville voisine, la frontière entre les deux réalités s’effondre complètement.

On ne sait plus. Elle ne sait plus. Et c’est inconfortable de la meilleure façon qui soit.

La relation entre les deux femmes est tendre, pudique, portée par un dessin qui dit souvent plus que les mots. Ana Oncina a un trait délicat, expressif, qui colle parfaitement aux émotions du récit.


Pour qui ?

Si vous aimez les BD qui ne ressemblent pas tout à fait aux autres — celles qui mêlent l’intime et le grand, le doux et l’inquiétant — celle-ci est pour vous.

Si vous êtes sensibles aux questions écologiques sans vouloir un discours militant, celle-ci est pour vous.

Si vous aimez les histoires d’amour qui se construisent dans la confusion et la douceur à la fois, celle-ci est pour vous.

À bientôt de nous aimer est une lecture qui s’installe doucement et qui reste longtemps. Le genre de BD qu’on repose en regardant par la fenêtre.


Lu dans le cadre de la Masse Critique Babelio — merci pour cette découverte inattendue. 🌿

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