
Il y a des lectures qu’on termine et qu’on range proprement dans la bibliothèque. Et il y a celles qu’on pose au milieu du salon, à plat, comme si les fermer trop vite était indécent.
Cette nuit-là, j’ai posé la BD. Et je suis allée regarder mon fils dormir.
Ce livre, je ne l’avais pas vu venir
Je savais qu’il existait des enfants-soldats. Mon mari, ancien militaire, en a croisé lors de sa mission au Djibouti. Il n’en parle presque pas. Il y a des choses qu’on ramène de certains endroits du monde et qu’on garde pour soi parce que les mots ne sont pas assez grands.
Je croyais donc « savoir ». Vaguement. De loin.
Allah n’est pas obligé m’a montré que je ne savais rien.
De quoi ça parle ?
La bande dessinée de Zaven Najjar et Karine Winczura adapte le roman d’Ahmadou Kourouma. Prix Renaudot, Prix Goncourt des lycéens avec une fidélité qui fait mal aux yeux de la meilleure façon possible.
On suit Birahima, un enfant africain orphelin, qui part à la recherche de sa tante et tutrice Mahan. Il est accompagné de Yacouba, le féticheur. Ensemble, ils traversent le Liberia et la Sierra Leone dévastés par la guerre civile. Yacouba tente de gagner sa vie comme grigriman. Birahima, lui, devient enfant-soldat.
Ce n’est pas un récit de guerre au sens classique du terme. C’est le récit d’un enfant qui fait ce qu’il faut pour survivre dans un monde où les adultes ont failli à toutes leurs responsabilités. Sa voix est directe, parfois presque naïve et c’est précisément cette naïveté qui rend tout insupportablement réel.
Ce qui m’a traversée
Il y a un moment dans la lecture où j’ai dû m’arrêter.
Pas parce que c’était trop violent même si ça l’est, par moments. Mais parce que j’ai réalisé quelque chose de simple et de dévastateur : ces enfants avaient l’âge de mon fils.
Mon fils qui dort dans un lit douillet. Mon fils à qui je dis bonne nuit chaque soir. Mon fils pour qui le plus grand danger de la semaine c’est de rater son évaluation de maths.
Et Birahima, lui, porte une kalachnikov.
Je ne dis pas ça pour culpabiliser ou pour faire pleurer. Je le dis parce que c’est exactement ce que fait ce genre de livre quand il est bien fait : il efface la distance. Il rend réel ce qu’on avait laissé rester abstrait.
Pourquoi lire la BD plutôt que le roman ?
Le roman d’Ahmadou Kourouma est un chef-d’œuvre, je ne le remets pas en question. Mais la bande dessinée fait quelque chose que les mots seuls ne peuvent pas toujours faire : elle donne des visages.
Les illustrations de Karine Winczura ont une énergie graphique particulière presque cartoon par moments et c’est un choix qui m’a d’abord surprise. Puis j’ai compris. Ce décalage entre la douceur du trait et la dureté du propos, c’est exactement ça, la réalité de ces enfants. Une enfance qui devrait être colorée, légère, insouciante. Et qui ne l’est pas.
Ce contraste là, tu le ressens dans les tripes.
Pour qui je recommande cette BD ?
Pour toi si tu veux comprendre, vraiment comprendre, ce que « enfant-soldat » signifie concrètement pas comme concept, comme réalité humaine.
Pour toi si tu as des enfants et que tu es prête à laisser cette lecture te toucher là où ça fait un peu mal.
Pour toi si tu penses que la littérature a le pouvoir de changer ton regard sur le monde. Parce que celle-ci le fait.
Ce n’est pas une lecture légère. Ce n’est pas une lecture de plage. Mais c’est une lecture nécessaire.
Ma note
⭐⭐⭐⭐⭐
Pas parce que c’est parfait au sens technique. Parce que ça fait exactement ce qu’un livre doit faire : ça reste.
Allah n’est pas obligé de Zaven Najjar & Karine Winczura, d’après Ahmadou Kourouma Éditions Dupuis
Tu as lu cette BD ou le roman original ? Dis-moi ce que tu en as pensé en commentaire. Et si tu connais quelqu’un qui devrait le lire partage cet article. Ces histoires méritent d’être entendues.
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Je note cette bd pour son sujet si important et pourtant peu évoqué.
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